Dans le cadre de l'exposition photos "Inde/Irak : Prix Photo Terre Solidaire", le CCFD-Terre Solidaire du Finistère a organisé en janvier 2025 une conférence sur le thème : "L'eau, un bien précieux à préserver et un enjeu planétaire".
Trois conférenciers sont intervenus, abordant le sujet à trois niveaux, du plus général (climatologie) au plus local (grave pénurie dans un village Massaï, au Kenya) en passant par le niveau régional/national (précipitations et hydrologie des fleuves, disponibilité de l'eau et crises)
Le niveau climatologique : Yann Amice
Le premier intervenant, Yann Amice, est météorologue, dirigeant de société. Il nous a rappelé les conclusions de plus en plus pessimistes du GIEC, très édulcorées, il faut bien le dire, dans le rapport dédié aux décideurs. Toutes les mesures montrent une augmentation continue et régulière des températures de l'air et des océans, accompagnée d'une fonte massive des glaces aux pôles. Ces modifications physiques importantes ont des conséquences immédiates : bouleversement du régime des précipitations où périodes de sécheresse provoquant des incendies géants alternent avec des pluies diluviennes génératrices d'inondations, montée des eaux, puissance des cyclones tropicaux considérablement accrue, les effets sur les grands courants marins et leur rôle de régulateur thermique faisant encore débat dans la communauté scientifique.
Le niveau hydrologique : Nicolas Forray
Le deuxième intervenant, Nicolas Forray, est hydrologue, secrétaire général de l'association Eau et Rivières Bretagne. Il a surtout développé son intervention sur l'aire géographique bretonne, avec des généralités valables au plan national. Si l'on peut affirmer, en première approximation, que la quantité d'eau disponible diminue de façon modérée (avec des variations nationales prévoyant de fortes augmentations dans le NE, accompagnées de fortes diminutions sur le SE et une situation quasi stable dans l'Ouest), ce qui change dangereusement, c'est son rythme d'écoulement, directement tributaire des précipitations, avec des périodes de crues de plus en plus violentes, suivies de périodes « d'étiage » avec des débits faibles, provoquant des manques d'eau problématiques. La solution des barrages de rétention, autrefois satisfaisante, commence à montrer ses limites. Les très grandes disparités des consommations nous montrent que la sobriété (individuelle, agricole, industrielle) est une nécessité à notre portée.
Le niveau population du Sud : Monique Guillou
Enfin, la troisième intervenante, Monique Guillou, présidente de l'association Breizh Solidarité Maasai, a témoigné par son expérience directe sur le terrain du besoin vital que représente l'eau pour les populations du Sud. Au sud du Kilimandjaro, les femmes des villages sont contraintes de parcourir à pied de longue distance pour ramener 30 litres d'une eau à la qualité douteuse (avec une consommation quotidienne de 25 l pour cinq personnes, à rapprocher des 400 l par personne, en région parisienne). Sur place, des ruisseaux sont contaminés par les rejets de pesticides d'une agriculture intensive très gourmande en eau à destination de l'Occident (fleurs, avocats) et par les déjections. L'association a lancé depuis 2011 un programme de forage, puis de captation par gravité des eaux du Kilimandjaro. Son rôle s'est étendu depuis à l'éducation et à l'agriculture.
Ces interventions, en déplaçant la focale du plus grand au plus petit, nous ont permis de mieux comprendre le cycle de l'eau dans son ensemble. La grande timidité (c'est un euphémisme) de nos « décideurs » ne nous incite pas à l'optimisme mais ne nous dispense pas de commencer à agir, chacun à son niveau, sur sa propre consommation d'eau, ses achats, ainsi que sur l'interpellation des politiques qui, il faut bien le reconnaître, ont tendance à agir localement sur des symptômes, en ignorant soigneusement les causes profondes de ces phénomènes ainsi que les conséquences catastrophiques, ailleurs.